La surconsomation française de tranquilllisants et somnifères. Conséquences dramatiques.

DEPENDANCE, CHUTES, ACCIDENTSPRUDENCE AVEC LES TRANQUILLISANTS ET LES SOMNIFERES

LETAT DES LIEUX

La surconsommation française de tranquillisants et de somnifères

Les anxiolytiques (ou tranquillisants) permettent de traiter lanxiété et ses manifestations(crises dangoisse aiguë, troubles anxieux réactionnels) Les hypnotiques (somnifères) permettent de prendre en charge les troubles du sommeil

Les médicaments psychotropes constituent un ensemble hétérogène de molécules, qui ont comme point commun de proposer une réponse chimique à un trouble psychiatrique identifié.

Parmi les psychotropes, ces deux classes correspondent à une même famille chimique

2.Plusieurs études menées en France depuis une quinzaine dannée ont démontré une tendance à la banalisation de la prescription de ce type de médicaments.La France se situe depuis de nombreuses années parmi les plus grands consommateurs de tranquillisants et dhypnotiques. Daprès une étude du Credes3, le nombre de doses4 vendues, pour 1000 personnes et par jour était le suivant en 1992 :
Allemagne France Italie Royaume Uni
Hypnotiques 17,43 49,92 19,68 22,31
Anxiolytiques 12,62 69,18 28,98 7,05
Depuis, si laugmentation est relativement faible, elle nen est pas moins constante et la France conserve ce particularisme. En 2004, le nombre de boîtes remboursées par l
Assurance Maladie5 a par exemple augmenté de 0,5% pour les anxiolytiques, et de 1,7% pour les hypnotiques.Daprès une étude de lAssurance Maladie6, en 2000, 17,4% de la population française7 a bénéficié dau moins une prescription danxiolytique, 8,8% dune prescription dhypnotique.
2 La classe des benzodiazépines recouvre la quasi-totalité des anxiolytiques et hypnotiques
3 T. Lecomte, V. Paris « Consommation de pharmacie en Europe – Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni » CREDES, décembre 1994
4 Une dose correspond à la posologie recommandée pour 24 H
5 Pour la population protégée du régime général. Ce chiffre ne prend pas en compte les assurés relevant du régime agricole, du régime des travailleurs indépendants, et des sections locales mutualistes.
En Bourgogne, environ 71% des assurés dépendent du régime général.
6 «Médicaments psychotropes : consommation et pratiques de prescription en France métropolitaine ». Revue Médicale de lAssurance Maladie volume 34 n°2/ avril-juin 2003.
7Population protégée par le régime général.
Dépendance, chutes, accidents…. Prudence avec les tranquillisants et les somnifères
URCAM BOURGOGNE
Juin 2005 6
Saône-et-Loire 2,6 boîtes/pers
Nièvre 3,0 boîtes/pers
Yonne 2,6 boîtes/pers
Côte-d’Or 2,3 boîtes/pers
Ceci démontre une évidente tendance à la banalisation de ces produits en France.
Plus de deux boîtes et demi de tranquillisants et somnifères par bourguignon en 2004
La Bourgogne fait partie des régions dans lesquelles lusage de ce type de médicaments est le plus répandu. En 2004, le nombre de boîtes remboursées a augmenté dans de fortes proportions : + 5,1% pour les anxiolytiques (0,5% en France) ; + 2,4% pour les hypnotiques (1,7% en France).
En 2004, près de 3,5 millions de boîtes ont été consommées par les bourguignons
8 : environ 2 millions  dhypnotiques et 1,5 million danxiolytiques. Cela correspond à 2,6 boîtes parpersonne. Les écarts entre départements sont assez significatifs : de 2,3 boîtes par personne en Côte dOr à 3 dans la  Nièvre.Des populations plus spécifiquement concernées
 Létude de lAssurance Maladie de 2000 montrait que, à partir de 60 ans, un cinquième des hommes et un tiers des femmes étaient consommateurs de tranquillisants. Une autre étude menée par la CPAM de Côte dOr a montré que 49% des consommateurs de tranquillisants et somnifères en 2003 avaient plus de 60 ans. Les femmes représentent 70% du total des consommateurs, les femmes de plus de 60 ans 36%. Plusieurs publics sont ainsi particulièrement concernés par l
usage de ces médicaments et par les risques associés :
les personnes âgées 
les femmes
et également les jeunes
9: si la consommation est peu répandue pour ces classes dâge, certains contextes (stress lié aux examens) ou types dusage (consommation sapparentant à celle de drogues) peuvent entraîner une familiarisation précoce avec ces produits.
8 Régime général, régime agricole et régime des artisans et commerçants : 90% de la population environ.
9 Daprès une étude de lURCAM de Picardie : en 2000, en Picardie, 8,2% des assurés de 15-25 ans ont consommé des tranquillisants. Cette pratique concernait près de 12% des filles de cette tranche dâge.
Dépendance, chutes, accidents…. Prudence avec les tranquillisants et les somnifères

URCAM BOURGOGNE

Juin 2005 7

UN ENJEU DE SANTE PUBLIQUE

Des médicaments à utiliser avec prudence

Des précautions non respectées

La prise de ces médicaments peut avoir de multiples conséquences néfastes, cest pourquoi les autorités scientifiques

10 recommandent certaines précautions dans leur utilisation.

Un traitement bref

La durée maximale doit être : de 4 à 12 semaines pour les tranquillisants, et de 2 à 4 semaines pour les somnifères (période de sevrage incluse).

une réévaluation régulière du traitement

En labsence damélioration notable, une réévaluation pour réadapter le traitement est nécessaire.

pas dassociations

Il ne faut pas associer deux tranquillisants ou deux somnifères lors du traitement.

un sevrage progressif

Larrêt du traitement ne doit pas être brutal : il faut diminuer les doses progressivement

Dans létude de lAssurance Maladie de 2000, il apparaissait que 35% des consommateurs danxiolytiques avaient eu plus de 4 prescriptions dans lannée ; ce qui était également le cas de 37% des consommateurs dhypnotiques. Daprès une étude sur un échantillon de consommateurs danxiolytiques et hypnotiques11, âgés de plus de 60 ans, 77% dentre eux étaient consommateurs, de façon continue, depuis plus de 2 ans.

Contrairement aux recommandations, un nombre important de traitements sont donc pris de façon continue, ce qui pose un véritable problème de santé publique. Des effets secondaires dangereux

– lusage de ces médicaments entraîne rapidement lapparition dune dépendance. Celle-ci est renforcée par la durée du traitement et le dosage. La dépendance, physique et psychique, se manifeste à larrêt du traitement par des symptômes de manque comme linsomnie, lanxiété, lirritabilité, les douleurs musculaires.

les troubles de la mémoire et de lapprentissage

Ces médicaments entraînent en particulier des troubles de la mémoire des faits récents.

les troubles de la vigilance et la somnolence

Lusage de ces médicaments peut entraîner des accidents de la circulation et du travail.

10 Agence Nationale pour le Développement de lEvaluation Médicale, « recommandations et références médicales », janvier 1995.

11N.Lechevallier, A.Fourrier, C.Berr. Utilisation de benzodiazépines chez le sujet âgé : données de la cohorte EVA. Revue epidémiologique de Santé Publiquen, 2003

Dépendance, chutes, accidents…. Prudence avec les tranquillisants et les somnifères

URCAM BOURGOGNE

Juin 2005 8

des risques particuliers chez les personnes âgées

Pour ces dernières, lusage des médicaments est aussi à lorigine de chutes, aux conséquences dramatiques.En 1999, les chutes chez les personnes de 75 ans et plus ont été la cause de 8500 décès en France.

On estime que les psychotropes sont responsables denviron 20% des chutes des

personnes âgées à domicile, et 30% quand elles vivent en institution

12. Les personnes âgées sont également particulièrement concernées par les risques daccidents iatrogènes.
Les psychotropes seraient en cause dans un quart de ces accidents liés à une interaction entre plusieurs médicaments
13.

LES CHIFFRES EN BOURGOGNE

LES EFFORTS A FAIRE EN BOURGOGNE EN 2005

Lobjectif en Bourgogne est de baisser la consommation de près de 11% en 2005, soit une économie attendue de 1 million deuros.

Côte-d’Or Nièvre Saône-et-L. Yonne Bourgogne France

Evolution du montant remboursé

janv-mars 05/janv- mars 04

-4,3% -4,9% -3,3% -6,9% -4,7% -3,8%

Objectif sur 2005 -9,8% -12,1% -11,8% -10,6% -10,9% -10,0%

Dépense attendue 2005 1 700 000

1 040 000 2 150 000 1 450 000 6 360 000 231 230 000

12 Blain H, Blain A, Trechot P , Jeandel C, Rôle des médicaments dans les chutes des sujets âgés : aspects épidémiologiques.

Presse Med 2000 ; 29 : 673-80

13 Daprès la Caisse Centrale de Mutualité Sociale Agricole, les accidents iatrogènes seraient le motif de 20% des hospitalisations pour les personnes âgées de plus de 80 ans.

http://www.bourgogne.assurance-maladie.fr/fileadmin/BOURGOGNE/publications/Dossier_de_presse_m_dicament.pdf

Publicités
Cet article a été publié dans benzodiazépine et drogue Z. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s