Les parlementaires dénoncent l’usage excessif des psychotropes (le Figaro du 30 juin 2006)

La consommation est deux fois plus importante en France qu’en Europe, avec des effets secondaires non négligeables. UN RAPPORT de l’office parlementaire d’évaluation des politiques de santé rendu public hier au Sénat s’inquiète de la surconsommation en France des médicaments psychotropes (tranquillisants, antidépresseurs, somnifères…). Pour endiguer ce phénomène préoccupant depuis longtemps, ce document, coordonné par Maryvonne Briot, députée, fait toute une série de recommandations aux pouvoirs publics. Il faudrait, réclame-t-elle, promouvoir le respect des bonnes pratiques en améliorant la formation initiale et continue des médecins ; améliorer la régulation du médicament en généralisant les études d’évaluation des bénéfices et des risques ; mieux associer la délivrance de psychotropes et la prise en charge psychologique…Ce travail parlementaire repose sur un état des lieux des psychotropes en France effectué par des scientifiques de l’université Victor Segalen de Bordeaux sous la direction des Professeurs Hélène Verdoux, psychiatre, et Bernard Bégaud, pharmacologue. Il confirme la persistance d’une situation exceptionnelle de la France par rapport à ses voisins : la part de la population ayant pris un psychotrope au cours des douze derniers mois est deux fois supérieure à la moyenne des pays voisins. Avec quelques nuances, puisque la durée moyenne de consommation est plus faible chez nous que dans les autres pays. Les femmes en usent deux fois plus souvent que les hommes, les personnes âgées bien plus que les jeunes. Le recours aux psychotropes déjà relevé dans les années 1980 n’a fait qu’empirer : le montant des remboursements de l’assurance-maladie pour ces produits est estimé en 2004 à un milliard d’euros, alors qu’en 1980 il était de 317 millions d’euros. Une croissance liée à la fois à une augmentation des volumes prescrits et au coût accru des nouvelles molécules. Par ailleurs, un fait est particulièrement notable : les antidépresseurs représentent aujourd’hui plus de 50% des ventes, contre 25% en 1980, alors que celles des anxiolytiques et des hypnotiques sont restées stables. Cela tient à l’apparition de nouveaux antidépresseurs présentant moins d’effets secondaires. Mais, «certains sociologues soutiennent également que les troubles psychiques ont eux-mêmes évolué. Les phénomènes d’hystérie sévère plus fréquents dans les sociétés où les interdits sont forts, céderaient la place aux cas de dépression, affectant des individus de plus en plus isolés, écrasés par les exigences de l’idéal d’autonomie contemporain», peut-on lire dans ce rapport.

Prescriptions inadéquates

Par ailleurs, l’usage des psychotropes est souvent incorrect : 80% sont délivrés par des généralistes qui ne respectent pas toujours les recommandations professionnelles et les limitations de durée de prescription. «La moitié des personnes consommant des antidépresseurs et plus de deux tiers de celles ayant des anxiolytiques et hypnotiques ne présentent pas de troubles psychiatriques relevant d’une telle indication, souligne ce travail. Inversement, moins d’une personne sur trois souffrant de dépression bénéficie d’un traitement approprié. Le niveau élevé de la consommation française n’implique donc pas une meilleure couverture des besoins sanitaires.» Les conséquences en terme de santé publique de cet excès restent mal documentées. Les médicaments à base de benzodiazépines (hypnotiques et tranquillisants) sont connus pour avoir des effets négatifs sur les performances intellectuelles et en particulier sur la mémoire à court terme. «Du fait de la proportion importante de personnes exposées à ces médicaments, une augmentation même minime du risque de détérioration cognitive pourrait générer un nombre significatif de cas de démence, avec de larges répercussions sur la santé des populations âgées», précise le document. Pour ce qui est des antidépresseurs, quelques essais thérapeutiques ont suggéré un risque accru d’idées suicidaires, chez les enfants et les adolescents en particulier. Les parlementaires estiment cependant que le rapport bénéfice/risque reste favorable pour les malades souffrant de dépression, une maladie à risque de suicide bien plus élevé que celui que représente les antidépresseurs. Enfin, les psychotropes ont été impliqués dans les accidents de la voie publique et les chutes des personnes âgées, sans que cela soit parfaitement documenté.

Pour les parlementaires, les pouvoirs publics devraient accorder une attention prioritaire à ces questions.

http://www.lefigaro.fr/sciences/20060630.FIG000000107_les_parlementaires_denoncent_l_usage_excessif_des_psychotropes.html

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