Le terme scientifique pour une drogue est « un psychotrope »…suite

Un schéma type de toxicomane est le jeune adulte dont le mode de vie et les préoccupations ne correspondent pas aux attentes de ses parents. Par exemple un jeune homme qui a un tempérament d’artiste et dont le père rêvait qu’il devienne médecin. La désapprobation et le retrait d’affection que vont lui témoigner ses parents peuvent parfois contribuer grandement à disloquer son identité, son image de soi. Il ne sera plus rien, vidé de sa substance. Il ne lui restera plus qu’à se mettre des emplâtres et des sparadraps : consommer des psychotropes.
Une amie qui aime bien sortir m’expliquait : "Le problème avec les jeunes, c’est qu’ils ne connaissent pas le mode d’emploi des produits qu’ils consomment. Ils avalent trop de pilules à la fois, où ils les prennent avec de l’alcool. On les retrouve écroulés dans un sofa, les yeux révulsés, tétanisés d’angoisse. Ils ont l’impression de sombrer dans un trou sans fond. La bonne attitude est de leur parler. Il faut nouer un dialogue avec eux, pour les sortir de l’abîme.".
La preuve que les drogués ont une mauvaise approche de leur problème d’identité est qu’ils doivent sans cesse recommencer à prendre de la drogue. Ils ne progressent pas, ils n’apprennent rien.
Chez les gens civilisés, on donne une identité aux enfants en les aimant, en leur disant et en leur montrant qu’on tient à eux, en les comprenant, en les prenant dans ses bras, en leur permettant d’apprendre et de comprendre beaucoup de choses et en leur donnant l’occasion de faire des sports intenses. Chez les gens un peu moins civilisés, ont utilise la religion ou un nationalisme quelconque pour donner des certitudes aux enfants. On leur affirme qui ils sont. (Si on contrarie un intégriste sur une définition de lui-même qu’on lui a donné, c’est comme si on menaçait de le tuer.) Chez les gens non-civilisés, on ne s’occupe pas des enfants et on les laisse se procurer des psychotropes comme palliatifs.
Il y a des différences secondaires entre la cocaïne et l’héroïne :
La cocaïne intensifie le fonctionnement de tous les neurones (en empêchant la désexcitation des synapses). Elle est dynamisante. Les suites d’une prise de cocaïne sont un grand vide : le cerveau ne fonctionne plus, la personne est comme assommée, absente, elle ne perçoit plus rien, ne réfléchit plus. La cocaïne a fait s’épuiser toutes les réserves de molécules dont le cerveau a besoin pour fonctionner.
L’héroïne peut être dynamisante parce qu’elle désinhibe, mais comme elle isole le cerveau du monde extérieur (en bloquant le passage de l’influx nerveux), à forte dose elle calme et endort. Isolé, le cerveau rêve, il crée son propre petit monde. Le manque physique immédiatement après une prise d’héroïne est du au contrecoup : pendant l’action de l’héroïne le cerveau était coupé du monde, ensuite, il sera connecté au monde beaucoup trop fort : un simple effleurement de la peau sera perçu comme un coup de fouet douloureux. La personne sentira que tout son corps et son esprit son malades, elle crèvera de nausée.
Certains comparent le "plaisir" de l’héroïne aux plaisirs du sexe. Avez-vous déjà mangé des artichauts ? Quand ils sont préparés amoureusement par un bon cuisinier, nappés d’une fine vinaigrette, c’est un des mets les plus doux, les plus chauds, les plus exquis qui soient. On en porte le bien-être encore quelques jours après. Mais avez-vous déjà mangé de la pâte d’artichaut en boîte de conserve ? Ces boîtes sont faites avec de l’amidon, du parfum artificiel d’artichaut et de l’exhausteur de goût. Vous prenez la boîte de conserve, vous l’ouvrez, vous versez son contenu dans une casserole, vous versez de l’eau, vous portez à ébullition, vous versez dans une assiette, vous prenez la pâte avec une cuillère et vous la portez à votre bouche… Et bien ce n’est pas mauvais. Il y a à peu près la même différence entre du bon sexe et l’héroïne qu’entre des artichauts fermiers bien préparés et de la pâte d’artichaut en boîte de conserve. Si une personne vous dit que l’héroïne est meilleure que le sexe, vous pouvez donc en déduire qu’elle n’a pas la longue éducation nécessaire pour être un bon cuisinier. Un jour, elle a essayé de préparer des artichauts. Elles les a brûlés dans la casserole et les a servis à table en versant dessus un demi-litre de vinaigre. On peut comprendre qu’elle préfère ouvrir des boîtes de conserve. Elle pense qu’il vaut mieux manger un succédané d’artichaut que ne pas en manger du tout. Disons que l’héroïne procure un succédané du plaisir d’un câlin. La cocaïne procure un succédané du bien-être et de l’assurance que l’on ressent après un câlin. Personnellement, je préfère franchement apprendre à cuisiner. En attendant, il est hors de question que je me remplisse l’estomac de cet exhausteur de goût qui me donne mal à la tête et qui est une cause de débilité chez les enfants de familles pauvres en Asie.
(Cet exhausteur de goût est le glutamate de sodium : une molécule que notre cerveau utilise pour fonctionner, en très petite quantité. Quand de grosses quantités rencontrent les papilles gustatives de notre langue, les papilles sont affolées, désorientées, et disent au cerveau qu’il y a beaucoup de goût. Comme ce goût était indéfinissable, le cerveau va même commander de reprendre de cette nourriture, pour contrôler ! Des marchands de tabac ont ajouté du glutamate aux cigarettes pour augmenter l’accro. Le glutamate de sodium ingéré en grandes quantités s’accumule dans les neurones du cerveau de façon désordonnée et cause leur mort par empoisonnement. Lisez attentivement les petits caractères sur les boîtes de conserve que vous achetez, les soupes en sachet, les plats préparés, les sauces… Les petits caractères sont aussi intéressants sur les contrats d’assurance que sur les boîtes de conserve et les soupes en sachet.)
La réserve de dopamine du cerveau est limitée. Il n’y a qu’un petit réservoir de dopamine. Quand il est vide, il est vide. Il faut attendre des heures et des jours pour qu’il se remplisse à nouveau. Donc, pour obtenir la décharge de dopamine la plus intense possible, c’est à dire le flash de plaisir le plus puissant, il faut vider le réservoir de dopamine d’un coup. Comme un gros coup de pied sur une poire à eau. Il faut noyer le cerveau en quelques secondes de la concentration maximale de cocaïne ou d’héroïne. Donc il faut se piquer en intraveineuse ou fumer (le produit passe des poumons au sang en quelques secondes). Si on prend le produit par voie orale, en poudre par le nez ou par piqûre dans le gras de la peau, la concentration en produit n’augmente que lentement dans le sang. Il y aura libération de dopamine et sensation de plaisir, mais la dopamine est en train de s’écouler. Quand la concentration en produit devient enfin maximale… le réservoir de dopamine est presque vide, ainsi que les réservoirs des autres molécules utilisées par le cerveau. Il n’y aura donc pas de flash. Il faut choisir : ou un flash brutal et court, ou un bien-être plus calme et prolongé. Tout dépend de la méthode d’administration du produit.
L’éducation d’une personne peut avoir une grande influence sur sa sensibilité à la drogue :
Le système d’éducation confusianiste fait en sorte que l’individu soit incapable de décider par lui-même si ce qu’il fait est bien ou non. Il dépend totalement de l’approbation de ses supérieurs. En d’autres termes : ce sont ses supérieurs qui ont le doigt sur sa glande à dopamine. Cela permet de constituer des groupes de personnes soumis à une hiérarchie très stricte et prêts à travailler comme des forçats. Pour une personne issue d’un tel système, la cocaïne et l’héroïne sont une ineffable bénédiction, le plus merveilleux cadeau des dieux. Pouvoir faire se libérer la dopamine rien qu’en avalant un peu de poudre ! Pour un bouddhiste ou un chrétien, à qui on apprend à décider par eux-mêmes, la cocaïne ou l’héroïne sont des produits ennuyeux. Leurs effets éveillent la curiosité pendant cinq minutes, c’est amusant, puis on se barbe une heure ou deux à attendre qu’ils cessent.
Les intégristes catholiques considèrent que le monde est une vallée de larmes et que le corps est la prison de l’esprit. Ils apprécient donc énormément l’opium, qui coupe l’esprit du monde et de son propre corps. Pour un chrétien ou un bouddhiste, c’est l’inverse : il cherche par tous les moyens à se connecter au monde. Il veut sentir vivre son corps, percevoir les goûts et les parfums, vivre toutes les musiques, capter toutes des émotions de ses semblables.
Beaucoup de personnes n’ont pas appris à voir les choses telles qu’elles sont et à les apprécier. Elle se contentent de rêver la réalité, de rêver ce que les autres feront. Au besoin elles le leur imposeront par la force. Quand la réalité s’impose à elles, elles se ferment, se murent. Ces personnes sont paranoïaques, ou à l’inverse bêtement confiante en tout le monde (les extrêmes se touchent). Pour ces personnes, l’héroïne ou la cocaïne sont des "amplificateurs de rêve" hautement appréciés. Ces substances leur permettent de croire dur comme fer à leurs rêves, de les "vivre" intensément dans l’univers fermé de leur petite tête. L’assurance que leur procurent ces substances peut même leur permettre dans une certaine mesure de matérialiser leurs rêves, d’en faire une réalité. La dangerosité de ces personnes est ainsi augmentée par les substances.
Les intégristes évitent de permettre à une personne de se découvrir elle-même. Elle doit se contenter de ce qui est strictement nécessaire à la tâche à laquelle on la destine. Si par exemple elle demande à quoi sert le travail qu’elle effectue, on lui répondra "Tu touches ton salaire, non ? Alors ne t’occupes du reste. Travailles !" Elle aura donc un gros problème d’identité et ne peut que sombrer dans la toxicomanie au premier faux-pas.
Dans certains systèmes d’éducation, l’identité des individus leur est imposée. On leur dit qui ils sont et ils doivent s’y conformer. Chez ces personnes, l’effet désinhibant des psychotropes efface ces obligations. Ils se sentent libres, ils ont l’impression d’être enfin eux-mêmes. Un bouddhiste, à l’inverse, sait très bien qui il est. Il travaille toute sa vie à se découvrir lui-même. Il a une solide identité dès son jeune âge, il a son propre point de vue sur les choses. Les psychotropes ne lui sont donc en rien nécessaires pour se sentir lui-même. Il aurait même plutôt tendance à les éviter, parce qu’ils lui renvoient une image de lui-même trop simpliste et vraisemblablement faussée. Quand il regarde ceux qui prennent des psychotropes, il constate que certes ils ont l’air d’être très bien dans leur peau quand ils en prennent, mais au fil des mois leur identité se perd. Ils finissent par ne plus savoir du tout qui ils sont, ils sont perdus, désespérés, vidés de toute substance…
Beaucoup de systèmes d’éducation apprennent aux gens à refoule
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